FAQ de Lévinux

C'est quoi une FAQ ?
Une « Foire aux questions » ... adaptation astucieuse, et largement répandue sur le Web, de l'acronyme original anglais, signifiant « Frequently Asked Questions ». Certains préfèrent l'acronyme QFP, « Questions fréquemment posées », tiré d'une traduction littérale de l'anglais.
Pourquoi une FAQ sur Lévinux ?
Parce qu'ils sont nombreux ceux et celles qui se posent des questions sur Lévinux, et qu'elles sont nombreuses les questions sans réponse, ou auxquelles les réponses données sont incomplètes ou erronées. Ça fait beaucoup de questions, et toutes sortes de questions.
À quelle sorte de questions répond la FAQ ?
À des questions d'ordre essentiellement pratique. Mais aussi à des interrogations philosophiques ou politiques concernant le sens du projet Lévinux. Et les questions ne sont pas forcément posées dans cet ordre.
C'est quoi, au juste, le projet Lévinux ?
La réponse « transcendantale » : la trinité sécularisée. Il y a au moins trois entités en Lévinux : un club étudiant, un laboratoire de recherche et de développement en TICE, un ensemble de services Internet ouvert aux communautés internes et externes à l'UQAR. Par son « esprit », Lévinux est donc partout, partout où l'Internet est accessible. Lévinux est très présent en Afrique, par exemple.
La réponse « oulipienne » : Laboratoire d'Éducation à la Virtualité dans l'Intégration des NTIC à l'Université, sous X-Window.
Pour les intimes : Linux à Lévis.
TIC, TICE, NTIC ? Y'a pas moyen d'être clair ?
TIC: Technologies de l'Information et des Communications
TICE: Technologies de l'Information et des Communications en Éducation. L'acronyme est assez répandu en France; il a été, sur recommandation du directeur de Lévinux, adopté par le doyen des études de premier cycle de l'UQAR en 2001. Le doyen souhaitait ainsi marquer les différences, au plan des objectifs et de la philosophie, entre l'intégration des TIC en éducation (TICE) – sous la gouverne, à l'UQAR, du décanat des études de premier cycle – et l'intégration, plus générale, des TIC en bureautique et en gestion – sous la responsabilité du directeur du service des technologies de l'information (STI).
NTIC: Nouvelles technologies de l'information et de la communication. C'est un acronyme qui a été forgé avec la venue d'Internet, mais dont l'usage est aujourd'hui tombé dans la désuétude. C'était cependant un acronyme approprié en 1999.
Et Linux ? C'est quoi ça ?

Linux, c'est un système d'exploitation, au même titre que Windows (95, 98, 2000... XP) ou MacOs (... 8, 9, X). Il a été créé par Linus Torvalds en 1991. De mauvaises langues, oh! pardon! de beaux esprits mal informés le disent trop compliqué et pas assez convivial pour rivaliser avec ses concurrents les plus connus (Windows, etc...). Well, well, well.... Tout un débat en perspective!

Disons qu'en 1991, Linux n'offrait pas grand chose. Mais depuis, disons, les années 2000 – grâce, notamment, à la collaboration de milliers de programmeurs – c'est devenu une toute autre histoire!
Bon, bon, bon. Mais pourquoi Linux à Lévis ?
Ok. Revenons à la «trinité» : à la première composante. Un club étudiant.
Eh oui! Les débuts de Lévinux, qui remontent à l'automne 1999, ont d'abord consisté dans un projet à la fois communautaire et pédagogique de démystification de l'informatique pour les étudiants et surtout les étudiantes en formation en enseignement au Campus de Lévis. Beaucoup d'étudiantes manifestaient des résistances face à l'ordinateur, qui était obligatoire dans au moins deux cours, et notamment dans celui sur l'organisation scolaire donné, à l'époque, par le fondateur de Lévinux. La machine était considérée comme froide, peu accueillante et difficile à maîtriser. Elle s'avérait inaccessible dans sa facture, abstraite dans son fonctionnement et fade au plan esthétique.
L'idée de constituer un club informatique est née du projet de comprendre cette résistance. L'intuition de base était simple: explorer une alternative informatique qui, inspirée par le succès florissant de Linux, mettait les valeurs communautaires, écologiques et pédagogiques au centre de l'intégration des TIC.
La première réalisation a donc consisté dans le recyclage d'ordinateurs: chaque membre du club, une douzaine de personnes, s'est vu remettre un tournevis, une carte-mère, un processeur, un ventilateur, une barrette de mémoire, un boîtier, un lecteur de disquette, une carte vidéo, une carte réseau, un disque dur et un écran... noir et blanc. Les boîtiers étaient laids, endommagés et même un peu rouillés. La première journée d'activités a été consacrée à peinturer les boîtiers et la coquille des écrans; à défaut d'afficher les « pages » en couleur, les machines exhibaient au moins fièrement l'originalité des motifs et l'audace des couleurs appliqués par chacun ou chacune des « artistes-informaticiens » en herbe, qui les avaient maquillées.
Mais que faire avec de telles machines ? Il va de soi que les composantes n'étaient pas du dernier cri; ça n'avait presque rien coûté, parce que ça ne valait plus grand chose.
Il est vrai que de pouvoir monter soi-même un ordinateur «fonctionnel», surtout quand on se croit nul en électronique et en informatique, constitue en soi une belle réussite au plan pédagogique (six personnes ont persévéré jusqu'au montage final et complet de leur machine). Mais que signifie «fonctionnel», ici ?
Je vous rassure, les machines recyclées ont rendu service.
On a fait un laboratoire avec ces vieilles machines ?
Revenons encore à la trinité, au deuxième volet : Un laboratoire de recherche et de développement dans l'intégration des TICE
L'intuition qui a donné naissance au club est en fait une intuition de recherche en pédagogie qu'il fallait soumettre à l'épreuve des faits. Si on pouvait aller chercher un peu d'argent pour monter un projet de recherche et vérifier certaines hypothèses, on arriverait peut-être à justifier la naissance d'un laboratoire de recherche.
Un premier projet a donc été monté et financé entre 1999 et 2001 par la Fondation des services universitaires Chaudières-Appalaches. Il s'agissait d'un projet de recherche-action impliquant d'abord des étudiants gradués, des enseignantes et des directions d'école.
Le volet technique du projet consistait à tester en milieux scolaire et communautaire les prétentions du système Linux à pouvoir soutenir l'intégration d'ordinateurs désuets, mais recyclés, selon une architecture clients-serveur, tel que cela se pratiquait au début de l'informatique. Pour faire une histoire courte, il s'agissait de vérifier si le modèle de laboratoire informatique suivant était viable en milieux scolaire et communautaire. Le laboratoire d'ordinateurs allait être composé d'une seule machine moderne (un pentium III à l'époque) dédiée comme serveur d'applicatifs (tous les logiciels utilisés par chacun des ordinateurs-clients – nos vieux postes recyclés – allaient tournés sur le serveur) et d'un nombre variable (on a commencé avec six) de postes recyclés, branchés au serveur (ces postes étaient relativement passifs puisqu'ils n'avaient qu'à afficher le signal venant du serveur; ce dernier faisant tout le travail de calcul).
Plusieurs vieilles machines branchées à un seul serveur, et ça leur permet de devenir aussi performante que lui ?
Avec quelques réserves d'ordre technique (des nuances expliquées ailleurs), c'est exactement ça. Et la première démonstration a eu lieu dans la cafétéria du Campus: les six machines réussies, montées par les étudiantes du club, ont constitué, pendant plusieurs mois, des bornes Internet sur lesquelles il était possible de consulter son courriel et de naviguer sur Internet. Le serveur était « caché » au 4e étage; il s'agissait d'un Pentium II 400 mhz avec 256 megs de mémoire. C'était pas très performant, mais c'était parfaitement fonctionnel.
Lévinux a-t-il inventé ça ?
Pas du tout. Ce modèle n'avait rien d'original puisqu'il avait été passablement testé ailleurs : en milieux informatiques, et même dans quelques écoles. À défaut d'être original, il révélait toute la puissance de Linux: on pouvait, encore une fois, multiplier facilement par 10 (on s'est même rendu à 25) les postes de travail (quasiment gratuits) attachés à un même serveur. C'était déjà une première bonne raison d'utiliser Linux. Et ça avait de quoi séduire les argentiers!
En quoi Lévinux est-il original, alors ?
L'originalité de la recherche était ailleurs. Elle consistait plutôt dans l'hypothèse suivante: la convergence entre les valeurs éducatives propres au projet éducatif québécois (et tout projet éducatif fondé sur la démocratisation de l'éducation) et les valeurs inhérentes à l'architecture informatique ainsi déployée, allait peut-être favoriser l'intégration des TIC, en particulier chez ceux et celles qui y résistent, sur la base de valeurs humanistes. Linux devenait une médiation de pertinence en matière d'éducation à la virtualité. Une autre excellente raison de l'utiliser.
La recherche a en effet montré que les valeurs de participation, d'accessibilité, de partage et de respect de l'environnement étaient au coeur de la philosophie du logiciel libre, dont Linux est le fleuron. Il y a donc convergence au plan des valeurs. La recherche n'a pas permis, cependant, de répondre franchement à la question de savoir si une telle convergence favorisait vraiment une meilleure intégration; ça demeure une question.
D'autres projets, des collaborations et de nouvelles sources de financements auront permis l'installation d'un laboratoire physique au local 245, dès août 2000. Un laboratoire original dans sa mission, puisqu'il accueille tout aussi bien le club que les communautés au service desquelles il a voué son développement.
Aujourd'hui, les postes de travail dans le laboratoire n'ont plus rien des vieux ordinateurs recyclés par les étudiantes du club en 1999, et peu d'écoles ont adopté le modèle proposé. On pourrait d'ailleurs abandonner le modèle clients-serveur et ça ne coûterait pas beaucoup plus cher au plan matériel; la chute des prix au plan matériel a été phénoménale ces dernière années.
Ben alors, pourquoi continuer avec Linux ?
Mais parce que l'esprit et la philosophie demeurent, qui s'enracinent même dans de nouvelles communautés. Et les projets restent nombreux, partout dans le monde, qui cherchent à intégrer un modèle analogue. Linux est plus répandu que jamais, en particulier dans les institutions à vocation publique.
Aussi, Linux ne vient pas seul : des milliers de logiciels sont distribués gratuitement avec le système d'exploitation, lui-même gratuit.
De plus, toutes les activités pratiquées à Lévinux (laboratoire et club confondus) nous ont appris beaucoup de choses sur la société dite de l'information et les enjeux nouveaux qu'elle nous met au défi de comprendre et de maîtriser. Parmi ceux-là, la connaissance comme bien public et universel et des préoccupations environnementales.
L'utilisation de Linux comme logiciel libre constitue en effet un geste politique de défense de la connaissance comme bien public et universel, au même titre que l'air et l'eau.
Linux ou logiciel libre ?
Bonne question. C'est que Linux continue d'intéresser Lévinux d'abord et avant tout parce qu'il s'agit d'un logiciel libre. Eh oui! Un système d'exploitation, c'est un logiciel.

Linux est libre, Windows et MacOs ne le sont pas.

Linux est un logiciel libre parmi tant d'autres. On n'irait pas bien loin avec un système d'exploitation comme seul logiciel sur sa machine. Ça prend plusieurs outils, qu'on décrira plus loin. Et tous les outils logiciels que nous proposons à Lévinux (il y en a des milliers) sont libres.
Mais ça veut dire quoi un logiciel libre ?
Richard Stallman, le fondateur du mouvement du logiciel libre en 1984, définit le logiciel libre par quatre libertés : la liberté d'utiliser le logiciel comme on l'entend, celle de le copier et de le distribuer à qui le demande, celle de découvrir ses secrets en explorant à loisir le code informatique qui le compose et, enfin, celle de le modifier, quand on en est capable, afin d'en améliorer certains aspects.
En échange, toute amélioration doit être rendue accessible à tout le monde, sans exception.
Le logiciel libre est donc gratuit ?
n peut dire, en effet, qu'il l'est pratiquement : les coûts de production du support de distribution (papier, cédérom, téléchargement) sont plutôt négligeables; on parle d'ailleurs, en économie, d'un bien immatériel dont les usages répétés et multiples n'épuisent pas « physiquement » le bien. On peut donc le copier et en multiplier les « propriétaires », sans priver personne de le « posséder » à son tour.
Mais la gratuité ne doit pas être confondue avec la liberté. Un logiciel gratuit n'est pas forcément libre. Par exemple Flash (Macromedia), Internet Explorer (Microsoft) ou Acrobat Reader (Adobe) ne sont pas libres. Il y manque l'une ou l'autre des quatre libertés, en général la plus importante: le droit de modifier le logiciel et de l'adapter à ses besoins.
Aussi, certains logiciels sont distribués, gratuitement ou non, avec le code source – permettant ainsi de comprendre toute l'architecture du logiciel. On parle alors de logiciel à code source ouvert (Open Source). Un tel logiciel n'est libre que s'il est distribué avec le droit sans restriction de le modifier, ce qui n'est pas toujours le cas. Le logiciel à code source ouvert n'est donc pas forcément gratuit ni libre.
Le logiciel libre est généralement gratuit et forcément ouvert. Enfin, le logiciel gratuit n'est pas forcément libre ni même ouvert.
Comme ça, le logiciel libre appartient à tout le monde ?
Pas du tout. Le logiciel libre n'est pas du domaine public comme le sont généralement les gratuiciels (freeware). Le logiciel libre est protégé par une licence, le plus souvent la GPL (General Public Licence). On parle alors d'une « copyleft » : un véritable copyright au sens juridique, mais fondé sur une philosophie du partage.
Les quatre libertés associées au logiciel libre ne permettent pas, par exemple, de s'approprier le code d'un autre pour en faire un logiciel propriétaire (appropriation du code). En effet, l'obligation de rendre disponible le code modifié est protégé par la licence. De même, les noms des auteurs et collaborateurs (et la liste s'allonge au fur et à mesure que se développe le logiciel) doivent toujours apparaître sur toute distribution du logiciel.
Copier n'est pas synonyme de plagiat, dans le monde du libre. Faire autant de copies qu'on veut d'un logiciel est parfaitement légal. Mais le plagiat demeure possible : s'approprier le code d'un autre ou l'emprunter sans en mentionner les auteurs. Cela constitue une violation de la licence. Plagier est donc tout aussi illégal dans le monde du libre que dans le monde du logiciel propriétaire.
Bah! Quand la majorité des utilisateurs aura adopté Linux, «y» vont pas nous le vendre ?
Il est déjà tout à fait légal de vendre Linux et plusieurs entreprises fort honnêtes aux plan légal et moral le font déjà. Gagner sa vie est un devoir. En bout de ligne, bien peu de choses sont gratuites.
J'comprends plus. C'est gratuit ou pas ?
C'est libre! L'enjeu n'est pas celui de la gratuité, mais de l'accessibilité et du partage : le code doit demeurer disponible sans restriction.
Il est naïf de croire que la production du code informatique ne coûte rien. Les auteurs du code libre ne vivent pas d'amour et d'eau fraîche : ils ont forcément des revenus (y compris l'aide sociale quand ils sont en chômage). Ce qui est « gratuit », c'est la connaissance elle-même : les algorithmes, par exemple, développés par la science informatique, sur fond d'un héritage mathématique, et publiée dans des revues universitaires.
La science s'est développée dans la confrontation des idées, forcément accessibles. Mais produire une idée, ça coûte au moins le salaire de ceux et celles qui s'y consacrent, le matériel de publication et de diffusion ainsi que le salaire des personnes qui y sont affectées.
La quasi-gratuité du libre vient du fait que la multiplication des copies entraîne un coût à peu près nul et que l'investissement est déjà payé par les institutions dont la mission est de développer la recherche et de nouveaux produits : les universités, largement financées par les fonds publics, et plusieurs entreprises dont une partie importante des investissements en recherche et développement est déductible d'impôts.
Autant dire que le logiciel libre est payé par les fonds publics, c'est-à-dire par nous tous, et que sa gratuité signifie seulement qu'on nous ne le facture pas deux fois.
Vendre Linux, c'est une figure de style. Ce que les entreprises vendent, c'est du service, de la formation, de la documentation, etc. Mais le code et l'architecture intellectuelle du logiciel libre demeurent accessibles à quiconque, et pour toujours.
Si je veux installer Linux et des logiciels libres sur mon appareil, je peux télécharger moi-même les sources des programmes, les compiler et les installer. Je peux également installer des copies déjà compilées (elles existent presque toujours). Mais il me faut une connexion Internet efficace. Il me faut aussi des connaissances et de la documentation (également disponible et libre sur Internet).
Plusieurs entreprises sont nées du besoin de faciliter le processus d'installation et d'entretien du logiciel libre. Le marché est florissant et plusieurs entreprises font d'excellentes affaires.
Alors en quoi Linux et le libre, c'est différent de Microsoft ?
Les libertés d'usage, de distribution, d'exploration et de bidouillage du libre sont un antidote contre les positions de monopole; elles assurent une saine compétition entre les entreprises. Elles favorisent l'innovation technologique et responsabilisent les utilisateurs.
L'utilisateur du libre n'est pas d'abord un consommateur ou un client avec des droits, dont le principal devoir, sinon le seul qui s'y rattache, soit celui d'honorer son paiement. C'est plutôt un collaborateur dont le droit de consommer est lié au devoir de promouvoir et de défendre le droit des autres d'en jouir également, ce qui est rendu possible par son engagement à rendre disponible, en retour, sa contribution au développement du logiciel ou de ses dérivés. Cela se limite en toute légitimité, pour la plupart des utilisateurs, à répondre, dans les limites de son expertise, aux questions posées par un autre utilisateur. Cela implique de participer (et pas forcément d'appartenir) à une ou des communautés d'apprentissage. Le service à la clientèle commence par un examen critique des efforts consentis à contribuer soi-même à fournir une solution au problème pour lequel un « service » est demandé.
Ça s'appelle de l'apprentissage «durable».